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01/08/2012

AIXENPROVENCE PAYSDAIX - CHRONIQUES D'UNE "AIX" PARISIENNE

 

Point de non-retour

Vous ne l’aviez pas appréhendé, et cela vous surprend : plus le temps passe, et moins vous ne pouvez vous imaginer retourner vivre à Paris. Il semblerait même qu’après quatre ans passés en Provence, vous ayez atteint une sorte de point de non-retour. Irréversible. Non pas que vous n’aimez plus Paname. Cette ville sera toujours pour vous très spéciale, et toujours magnifique à vos yeux. Non, ce qui a changé, c’est votre regard et votre perspective. Vous voyiez avant ce que Paris vous offrait. Vous voyez aujourd’hui ce qu’elle ne peut pas vous offrir. Et qui est désormais devenu essentiel à vos yeux : espace vital, calme, contact avec la nature, et bien sûr ce climat méditerranéen ainsi que cette lumière quotidienne. Oui, comment pourriez-vous retourner vivre dans un appartement deux ou trois fois plus petit ? Comment pourriez-vous retourner vivre dans une ville où vous êtes sans cesse sollicité ? Comment pourriez-vous retourner vivre dans une ville au climat quasi-glacial ? Comment enfin, pourriez-vous retourner vivre sans pouvoir voir la montagne Sainte-Victoire tous les jours, et sans toutes vos bestioles chéries (chats, chien, tortues, etc) ? Bon, peut-être avez-vous un peu vieilli aussi car vous le reconnaissez bien volontiers : tout ceci n’était pas si vital lorsque vous aviez vingt ou trente ans… Ce qui d’ailleurs, vous surprend tout autant, mais ça c’est une autre histoire. Et un autre point de non-retour… 

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L’été, ou canto cigalo

Avant de ranger définitivement toutes les affaires d’hiver, les provençaux ne se fient guère aux prévisions météo. Aussi précises soient-elles, ces prévisions ne seront pour eux jamais aussi fiables que d’entendre le fameux premier chant des cigales. Emblème de la Provence, cet insecte le plus bruyant du monde indique en effet que la température extérieure se stabilise enfin à au moins 25 degrés celcius. Autrement dit, que l’été est là. Et qui dit “été” en Provence, dit “joie”. Joie de (re)vivre dehors, joie de déjeuner et de dîner dehors, joie des barbecues, joie des apéros improvisés ou non qui n’en finissent plus, joie de se baigner, joie des longues soirées plus fraîches, joie de s’habiller léger, joie de recevoir des amis, joie des fin d’après-midi sans devoirs scolaires …
L’hiver est loin, presque irréel. Et s’il est difficile de travailler dans ces conditions là, mais aussi de s’endormir le soir et donc de se lever le matin, les gens savent que pour ne pas se trouver fort dépourvu quand la bise sera venue, il faut préparer la saison froide qui appelle certaines années à la semi-hibernation. Tiraillés entre l’envie de ne rien faire et les obligations de tous genres, le début de l’été peut alors sembler un peu difficile pour certains. Cela ressemble à des vacances, mais ce ne sont pas des vacances ! Reste qu’il est quand même très agréable de ne pas avoir à attendre les dites vacances pour profiter de la vie provençale. Et pour certains -il suffit d’observer des scènes de rues pour s’en convaincre- de faire comme les cigales mâles : chanter pour se trouver une partenaire … avant de devoir ressortir les affaires d’hiver …

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Provencialisation

C’est un sentiment étrange. D’un côté, lorsque vous arpentez les rues et ruelles d’Aix, vous vous sentez toujours une touriste. Vous êtes ébahis par le charme de la ville toujours animée et vous prenez beaucoup de plaisir à assister aux fêtes ou animations locales qui sont pour vous folkloriques (carnaval, bénédiction des calissons, chalets de Noël, etc). De l’autre côté, il est clair que votre regard a changé. D’abord, vous ne vous baladez plus systématiquement avec votre plan de ville dans le sac à main ! Aix-centre, où vous vous perdiez systématiquement les premiers temps, est finalement une toute petite ville que l’on traverse du Nord au Sud en moins de quinze minutes. Pour ceux qui n’ont vraiment pas le sens de l’orientation, une petite boussole suffit amplement. Aucun risque de se retrouver dans un arrondissement voisin, il n’y a qu’un seul arrondissement ! Vous ne vous baladez plus non plus le nez en l’air, à admirer les façades et les fontaines (d’où la nécessité d’avoir un plan). Elles font partie du décor, devenu familier. Vos yeux visent droit. Ils remarquent désormais les nouvelles vitrines, les nouvelles enseignes, et les menus du jour des restos. Vos pas ne vous amènent pas systématiquement sur le Cours Mirabeau ou sur les Allées Provençales et vos oreilles sont toutes ouies lorsque l’on vous dit bonjour : Aix est si petit que la probabilité de rencontrer une de vos connaissances est très grande. D’ailleurs, maintenant que vous y pensez, vous réalisez que vous les reconnaissez de suite : style vestimentaire ou manière de marcher dans les rues sont autant d’indicateurs que votre nouveau radar interne “touriste/local” détecte automatiquement.
Plus étonnant enfin est le fait que l’idée d’aller sur le marché à Aix le samedi matin ne vous effleure même plus. Vous qui avez toujours aimé l’ambiance et la beauté des marchés provençaux, vous avez pourtant dû vous résoudre à déléguer la tâche à votre conjoint qui, lui, 1/se déplace en vélo (se garer les jours de marché est une vraie galère), 2/ qui connait tous les prix et la qualité des produits par coeur (acheter les yeux fermés sur le marché est un sport à haut risque et déconseillé), et 3/ qui a une résistance à la foule de touristes -qui par définition fait du tourisme et prend beaucoup de photos- et que manifestement vous n’avez pas. Pas à Aix, en tous cas !

 

 

Natifs et people de Provence

Quelques natifs ou d’adoption : Henri Bosco, René Char, Alphonse Daudet, Jean Giono, Frédéric Mistral, Michel Nostradamus, Marcel Pagnol, Emile Zola, Pablo Picasso, Paul Cézanne, Fernandel, Andréa Férréol, Henri Michel, Virginie Dedieu, Arnaud Clément, Hélène Grimaud…

Et quelques people qui y vivent ou qui y ont une maison : Brad Pitt et Angelina Jolie, John Malkovitch, Ridley Scott, Josiane Balasko, Françoise Fabian, Charles Aznavour, Claude Berri, Michel Drucker, Yasmina Kadraz, Christian Lacroix, Emanuel Ungaro, Thierry Desmarest, Michel Fiels, Stéphane Paoli, Claude Perdriel, Guillaume Durand, Jérôme Monod, Pierre Bergé, Michel Leeb, Zinedine Zidane, Stephan Eicher…

 

Vivre à Aix ou à Marseille ?

Mieux vaut-il vivre à Aix ou à Marseille ? Seuls les Parisiens se posent naïvement cette question. Car pour les Aixois, la question ne se discute pas : Aix est infiniment mieux que Marseille. Plus chère certes, mais infiniment plus culturelle, infiniment plus sécure, et infiniment plus homogène. Le top, quoi. La Cité phocéenne, elle, n’est aux yeux des Aixois, qu’une ville sale, vulgaire, dangereuse, mafieuse, inorganisée et affreusement mélangée. D’où d’ailleurs, le nombre d’Aixois qui travaillent à Marseille mais qui, malgré les trajets et les embouteillages, préfèrent élire domicile au paisible Pays d’Aix.
Même sentiment d’évidence pour les Marseillais. Les problèmes de la ville ne sauraient occulter les nombreux atouts qu’elle concentre : cosmopolisme, ouverture d’esprit, et proximité immédiate de la mer et des plages, entres autres. Aix-en-Provence n’est qu’une banlieue où il est agréable de venir de temps en temps mais qui apparait souvent comme trop snob, trop bourgeoise, trop chère et trop chic. Se balader en survêtement sur le Cours Mirabeau alors que tout le monde est habillé “comme pour le jour de l’an” est une expérience désagréable et rarement renouvelée.
Mais ne soyons pas dupes. Derrière ces différences se cache en fait une rivalité qui ne date pas d’hier. Identifiée, étudiée, et analysée, cette rivalité ancestrale camoufle quelque chose que le Parisien connait bien : les Aixois et les Marseillais aiment passionnément leur ville. Et on sait que “le coeur a ses raisons que la raison ignore”…

 

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