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26/04/2012

MEDIAPART -EDITION CENT PAROLES D'AIX , JOURNAL LOCAL

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De la Décroissance à la Démocratie

L’automne dernier, le Repaire du pays d’Aix organisait un débat sur le thème « Qu’entendons-nous par décroissance ?». Claude Ramin, qui a présenté le thème de façon approfondie et Christiane Juveneton en rapportent ici l’essentiel en deux parties dont voici la première :

                 Pourquoi la décroissance est-elle urgente et inévitable ?

L’idée de décroissance n’est pas ce nouvel oxymore que le système actuel met en place via le « Grenelle de l’environnement » et autres balivernes de développement durable (DD) ou de capitalisme vert. Elle est portée par toute une nébuleuse de gens qui se disent décroissants, objecteurs de croissance ou encore qui prônent la désaccoutumance à la croissance. Elle n’est pas davantage une mode à l’usage de bobos en mal de sensations. C’est une idée qui vient de loin, et c’est à un véritable « barrage » qu’elle se heurte depuis des années, elle a conscience de faire dissensus, raison de plus  pour s’inviter aujourd’hui au débat contradictoire. Elle n’est pas non plus une affaire strictement individuelle (fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents (!), même si cela est important et peut limiter le gaspillage ). La décroissance n’est pas davantage comme trop souvent on l’entend pour clore le débat, le retour à l’âge des cavernes !

C’est à la fois une autre façon pour chacun de vivre notre quotidien et une autre façon d’exister collectivement pour sortir de ce système capitaliste.

Pourquoi s’y intéresser de plus près aujourd’hui ?

— Parce qu’il y a urgence à combattre les inégalités (précarité, pauvreté, exclusion, discrimination), parce que ni les êtres humains ni la nature ne sont des marchandises.

Urgence à reconstruire un art du bien vivre, non pas au sens du « bien-être occidental », mais au sens de vie bonne, de vie pleine, pour reconstruire une véritable société.

Urgence à retrouver les nécessaires limites parce que nous vivons sur une planète aux ressources finies. Le temps des limites est venu, voire déjà dépassé, puisque la planète nous donne des signes de ne plus pouvoir nous supporter comme l’écrit G.Azam dans son livre Le temps du monde fini.

Urgence enfin, parce que l’on ne peut plus séparer les êtres humains du reste du vivant, parce que nous faisons partie des écosystèmes, sources de vie, au sein desquels nous sommes appelés à vivre en harmonie.

Notre société est éclatée, violente et triste

Notre société est aujourd’hui réduite à une somme d'individus qui vivent, voire survivent, côte à côte, dans des cases qu’une infime minorité leur assigne. Or, sans vie collective, aucun individu ne peut évoluer, développer ses potentialités, s’émanciper. Notre société est violente parce que chaque individu y est soumis à une concurrence qui conduit à la guerre. Guerre de chacun contre chacun, de tous contre la nature. Cette société parce que les individus se tournent vers une nouvelle divinité, celle de l’argent-roi, du toujours plus, pour le profit d’une minorité dont le seul objectif est l’accumulation

Croissance et productivisme

La croissance, le productivisme, sont érigés comme uniques solutions, comme seule voie réaliste par les tenants de cette idéologie. Depuis les années 1980, on nous explique qu’il n’y a pas d’autre alternative (le fameux TINA de Reagan et Thatcher «There is no alternative» (on n’a pas le choix). Cette idéologie est portée par le consensus des gouvernants, qui ont remis les clés de notre avenir à une infime minorité, 1% de la population, par l’intermédiaire de super structures non démocratiques, le FMI, l’OMC, l’UE, la BM, la BCE… qui ne nous représentent pas et ne nous ont jamais représentés, mais ont été proclamées “décideurs”, et sont aidées par les experts au service des mêmes, qui ânonnent chaque jour la même ritournelle, affirmant la nécessité suprême de «rassurer les marchés financiers»...

Croissance et productivisme sont en fait le carburant de cette machine folle où le « dieu économie », purement virtuel, est placé au-dessus de tout. Cette machine folle exploite et aliène les êtres humains et détruit l’ensemble des écosystèmes.

Pourquoi ?

— Parce que cette croyance dans la croissance est vantée par la publicité, via les médias bien-pensants, et ses supports qui « ornent » nos villes et nos campagnes. Et aussi, mais de façon plus sournoise, par de «nouvelles technologies». En fait, la publicité nous abreuve de messages au point de nous rendre dépendants, de nous amener à reproduire ce qu'exige cette idéologie... dont on nous affirme si bien qu’elle est la seule voie possible !

— Parce que cette croyance est malheureusement relayée et  savamment entretenue, auprès de celles et de ceux qui ne peuvent pas, ou qui ne peuvent plus payer ce qu’on leur fait miroiter dans cette frénésie du toujours plus… Alors, pour pouvoir tout de même “posséder”, eux aussi, pour assouvir leurs frustrations, ils succombent au crédit.  C’est se mettre la corde autour du cou et la serrer d’un cran à chaque fois qu’on y a recours.

— Parce qu’aujourd’hui seul “l’avoir” aurait de l’importance, jusqu’à définir la position sociale («si tu n’as pas de Rolex à cinquante ans, tu n’es rien !»), au détriment de “l’être”, de l’indispensable, du poétique et du vrai. 

— Parce qu’aujourd’hui on ne répare plus, on jette ! Voilà des années que nous sommes dans la société du jetable, via l’obsolescence programmée, pour faire tourner toujours plus vite une machine que nous ne pouvons plus contrôler. Ce qui augmente encore notre fatalisme, notre peur, notre asservissement

— Parce qu’on assiste aujourd’hui à l’apologie de la culture de la vitesse, de l’immédiateté, au détriment du “prendre le temps” de réfléchir sur le sens de nos actes, sur le sens de nos vies. Nous sommes  comme un cycliste qui, lancé sur la piste, est obligé de pédaler tête baissée pour éviter de tomber… sans se poser la question de savoir pourquoi, et pour qui, il pédale !

Confusion entre croissance et progrès

Réduire la notion de progrès à son aspect matériel ne date certainement pas d’aujourd’hui. Mais cette confusion connaît maintenant une telle ampleur et une telle généralisation qu’on en mesure, plus que jamais,  toute la perversité et tous les dangers.

Car à ces croyances au toujours plus et au toujours plus vite s’ajoutent d’autres croyances.  Telle celle qu’un progrès technique sans limite pourrait apporter une solution aux problèmes liés précisément à cet emballement débridé, en minimisant leurs conséquences, bien concrètes pourtant, sur la santé des êtres humains et de nos écosystèmes (retraitement des déchets nucléaires, capture du CO2,…).  Cela va jusqu’à la croyance au transhumanisme, qui prétend faire reculer les limites de la vie jusqu’à rendre les êtres immortels... quitte à greffer des prothèses sur des « êtres » qui ne seraient plus que chimères génétiquement modifiées, des artéfacts pour reprendre une expression de Miguel Benasayag.

Une autre croyance a prétendu aussi combattre cette logique capitaliste, mais sa conception reposait sur une logique semblable : la main invisible du marché étant remplacée par une avant-garde éclairée et son « grand soir » qui allait renverser le mur, au nom d’une non moins chimérique société d’abondance, confondue avec un progrès matériel tout autant déifié, où le gâteau serait mieux partagé mais dont le couteau serait tenu par une “nomenklatura”.

Arrêtons cette course droit dans le mur

Remettons en question ce mode de vie. Non seulement parce qu’il faudrait plusieurs planètes pour que nous accédions toutes et tous au leurre du « bien-être occidental », mais aussi parce qu’il ne faut pas confondre pauvreté avec misère culturelle et sociale. Sortons de notre ethnocentrisme occidental, car nos dettes envers les autres sont trop lourdes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne peut dicter « sa loi » au monde entier. Il faut que vive le métissage pour retrouver ici, là-bas et ensemble, notre dignité et pour faire vivre concrètement notre solidarité.

 

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